vendredi 29 mai 2026

Sur les rails : chemins de fer, trains et gares.

Trains, locomotives, wagons et voitures, voies ferrées, gares, caténaires et signalisations, voyageurs et cheminots... l'univers ferroviaire sera le thème et le moteur de notre atelier du 21 juin 2026. Dessins, peintures, aquarelles, toute technique sera abordée et comme on le verra, toutes les approches, documentaires, réalistes, féériques ou humoristiques sont possibles.

Qui n'a pas le souvenir d'enfance des trains miniatures circulant, dans un réseau complexe de voies ferrées, dans un paysage de carton pâte. L'univers ferroviaire évoque la puissance et la prospérité d'un monde industrialisé et ouvre la perspective d'une utopie, celle d'un monde devenu village. Le chemin de fer dynamise transport et commerce et est un des facteurs de la révolution industrielle. Le progrès social, fruit d'âpres luttes ouvrières, la sécurité sociale, les congés payés, la réduction du temps de travail ébauchent une société des loisirs en germe. Les vacances deviennent accessibles à tous, le tourisme s'organise et se généralise, et au cœur de se processus, on trouve le chemin de fer. Faut-il s'étonner que dès son invention, dans les années 1820, le chemin fer – trains, locomotives, gares, voies ferrées – inspire les artistes. Au 21e siècle, l'avion et l'automobile supplantent le train, pour le meilleur parfois, pour le pire si l'on prend en considération l'impact écologique, mais le chemin de fer nous inspire toujours, avec un rien de nostalgie, comme une utopie manquée.


 

le progrès et la puissance

 

On ne retracera pas ici l'histoire, bien documentée sur wikipedia, du chemin de fer, En 1825 Georges Stephenson inaugure le premier le chemin de fer ouvert au public. La première ligne régulière de chemin de fer à vapeur est mise en service le 5 mai 1835 en Belgique, entre la gare de Bruxelles-Allée-Verte et Malines. Le développement ferroviaire est rapide, les machines se font plus puissantes et rapide, on s'interroge avec inquiétude sur l'impact sur la santé des voyageurs d'une accélération confinant à 35 km/heure, les romantiques déplorent l'outrage industriel défigurant la nature, les conservateurs religieux stigmatisent une « invention diabolique »...mais d'aucuns voient dans le train un facteur de progrès et de prospérité, voie une promesse de paix universelle rendue possible par le rapprochement des hommes. 

 

Il y a d'innombrables gravures d'époque, les premières affiches publicitaires de compagnies ferroviaires vantent les perspectives touristiques. 


Turner nous dépeint, avec « Pluie vapeur et vitesse » un train surgissant de la lumière ou du néant, circulant à pleine vitesse sur le Maidenhead Railway Bridge, noyé dans la brume et surplombant un fleuve... A peine sont esquissées les architectures des ponts, un bateau et quelques personnages sur la rive saluant le convoi tracté à 80 km/h par la locomotive la plus rapide de l'époque.

Monet nous a livré une douzaine de peinture consacrées à la gare Saint Lazare. Ses locomotives surgissent, monstres industriels, de la vapeur et des fumées qu'elles engendrent, mais elles ne sont pas isolées, elle s'intègrent dans un complexe urbain. Le chemin de fer structure le paysage urbain qui est ici évoqué en arrière plan tandis que l'infrastructure ferroviaire – hangar, pont métallique, signaux, rails – est détaillée. Nous sommes, avec ces peintures, dans univers anti-romantique mais l'impressionniste qu'est Monet s'attache à illustrer la perception visuelle d'un instant précis.

C'est avec un humour corrosif que Daumier évoque l'impact social du chemin de fer, en dépeignant les voyageurs. Il illustre la cohue des passagers se ruant sur les « trains de plaisirs ». Il use de tous les procédés en usage, à l'époque, parmi les dessinateurs de presse : traits déformés, personnages quasi animalisés, têtes énormes sur corps chétifs... il se dégage de ces gravures un réalisme cru, éclairant, déjà à son époque, les travers du surtourisme.

 

 

L'Histoire en marche : la loco motive le peuple

 


«  les révolutions sont les locomotives de l’histoire ». Par cette métaphore Karl Marx soulignait le rôle moteur des événements révolutionnaires dans l'accomplissement d'une inéluctable libération historique de l'humanité. Il faut dire que Marx, témoin critique de la révolution industrielle et de l'essor du capitalisme, avait pleine conscience de l'importance économique et sociale du chemin de fer. Par la suite, les propagandes révolutionnaires filent la métaphore en faisant de la locomotive le moteur des changements sociaux. Il importe à chacun de ne pas rater le train de l'Histoire quitte à accepter que ledit train soit, pour le meilleur peut-être, pour le pire le plus souvent, conduit par le « 'Grand Leader », Guide suprême, auquel le peuple se doit de confier aveuglément son destin. La locomotive apparaît souvent dans les affiches de propagande, on vante l'exploit technologique, la chaudière tourne à plein régime. bielles et essieux sont les muscles d'une collectivité en marche. 

Dans le monde capitaliste, la locomotive surgit aussi dans l'imaginaire collectif comme la métaphore d'un progrès et d'une croissance infinie... Nous assistons à une conquête du monde, les colonisateurs n'ont de cesse de tisser le réseau ferroviaire fut au prix de la servitude et de l'esclavage des peuples conquis. Ici la technique, la machine, la locomotive sont les instruments d'une emprise mondiale, celle de l'économie toute puissante. 

 

 

Luigi Russolo peint, en 1911, la « dynamique d'un train »...On perçoit dans cette peinture un ensemble de forces, une tension brutale ou la vitesse est exprimée par des ondes de chocs, lignes brisées en avant de la locomotive. En 1922 Ivo Pannaggi use de procédé analogue mais sa démarche le rapproche plus du cubisme. Les futuristes italiens étaient obnubilés par puissance, la force, la vitesse. Machines, automobiles, avions, trains apparaissent souvent dans leurs œuvres, mais ici, le concept devient presque abstrait. Nous avons affaire à des mouvements, de la vitesse, de l'énergie, de la lumière. Les objets se dissolvent en forces pures. Ce culte de la puissance, de la force et de la domination technique, associé à une révolte contre l'ancien monde et les académismes, a conduit nombre des artistes futuristes vers le fascisme... mais la locomotive n'est pas seulement le symbole d'une puissance brute, elle peut conduire vers le rêve, ou être présent dans l'imaginaire fantastique.

 

Le train du rêve : surréalisme et fantasy.

Le train apparaît à la fois comme un instrument du progrès et comme une créature nocturne glissant entre les mondes. En bouleversant notre perception du temps, de la distance et du destin, le chemin de fer introduit dans la conscience moderne une sensation nouvelle de déracinement et d’inconnu. Le rail devient souvent la métaphore d’une trajectoire imposée, d’un voyage intérieur dont l’itinéraire semble déjà tracé, tandis que les gares incarnent ces espaces de transition où l’être hésite entre départ et retour, mémoire et devenir. Cette symbolique apparait clairement dans l'œuvre de Paul Delvaux, sont les peintures, inspirées par les gares d'Esneux ou de Watermael, représentent un univers souvent nocturnes, de gares intemporelles peuplées de femmes errantes ou de squelettes. Le train traverse les paysages comme la pensée traverse l’inconscient. Son rythme répétitif, presque hypnotique, évoque le battement du sommeil et les mécanismes secrets du rêve. On peut y voir une image puissante du voyage intérieur : un déplacement d’un état de conscience à un autre. voire une métaphore du rêve lui-même. 

René Magritte peint une locomotive surgissant de l'âtre d'un peut salon bourgeois. La loco rappelle les jouets ou les maquettes, mais c'est un petit dragon fumant, sorte de gargouille, qui nous renvoie ironiquement aux imposantes poêles à charbon qui ornaient les foyers domestiques

 

 

 

 

 

 

 

On considère Edward Hopper comme un peintre réaliste, mieux que quiconque il a dépeint un certain sentiment de solitude dans la vie américaine. Le train apparait plusieurs fois dans son œuvre... il y a des peintures, dessin et aquarelles représentant des locomotives ou des wagons, parfois isolés dans la plaine américaines. Mais souvent il évoque le voyage en peignant l'intérieur des voitures. Les passagers, le plus souvent des passagères, y sont assis, rêvant, regardant le paysage ou jouissant de la lumière oblique. Aucune impression de mouvement, nous ne sommes pas dans l'ère de la vitesse surmultipliée mais dans la conscience intime du voyageur isolé vivant dans leur monde propre. 

 

 

Il y a peut être une exception, American Locomotive (1944) où l'aérodynamisme de cette locomotive diesel de type ALCO DL-109 – au design plus proche de l'avion que des locos à vapeur – sont soulignés par la perspective fuyante et la couleur rouge écarlate. Il s'agit, ne l'oublions pas, d'une commande publicitaire pour la compagnie “American Locomotive ” et cette peinture ne se retrouve pas dans le catalogue des œuvres de Hopper. 

 

 

 

On retrouve ce design art déco industriel dans la locomotive futuriste de « type 12 » mise en service dès 1939 par la SNCB. Cette puissante machine de 2500 chevaux-vapeur qui pouvait atteindre 160 km/h fut illustrée et surnommée par F. Schuiten « la douce ». Les moyens de transport futuristes font partie de l'imaginaire utopiste – tel qu'illustré dans la Science-fiction ou dans la vulgarisation technique ou scientifique comme la revue « modern mechanix »

 

 

 

 

 

 

Née de la rencontre entre la révolution industrielle du XIXᵉ siècle et les imaginaires de la science-fiction, l’esthétique steampunk transforme la locomotive en symbole absolu d’un futur rêvé par le passé. Dans cet univers, le train n’est plus seulement une machine de transport : il devient un organisme de cuivre, d’acier et de vapeur mêlant l’élégance victorienne aux inventions improbables : chaudières surdimensionnées, pistons apparents, engrenages complexes, cadrans mystérieux et cheminées crachant une fumée noire comme un souffle vivant. Le rail y incarne la conquête du monde, mais aussi une fascination romantique pour une technologie encore visible, palpable, presque artisanale, à l’opposé de la froide invisibilité numérique contemporaine. le steampunk imagine un futur alternatif où l’électricité et l’informatique n’auraient jamais supplanté la puissance de la vapeur. Le train y occupe une place centrale parce qu’il symbolise le mouvement, l’exploration et la collision entre progrès scientifique et imaginaire poétique.

 


Nous revenons à une enfance de l'ère industrielle et dans cette régression on retrouve la loco des dessins animés, des contes pour enfants, d'un far-west ludique, un monde de liberté absolue et de conquête effrénée. Thomas the Tank Engine est une locomotive à vapeur anthropomorphe de fiction, apparue dans les livres pour enfants britanniques The Railway Series écrits par le révérend Wilbert Awdry et son fils Christopher à partir de 1945. Héros du dessin animé Thomas & Friends, Thomas est devenu une icône mondiale de la littérature et de la télévision jeunesse. Dans les cartoons, le train est aussi un formidable moteur de mouvement et de comédie.

 

 

 

 

 

 

 

 

Dessiner les trains et les locos

 

 Tout le monde a rencontré ces petits tutoriels pour enfants où l'on construit une locomotive à partir de cercles, rectangles. En perspective les volumes sont tout aussi simples, cylindres, disques, parallélépipèdes rectangles. Une compréhension des règles basiques de la perspective est indispensable, rails et caténaires convergent vers un point de fuite, les cercles en vue perspective deviennent des ellipses, wagons et locos s'inscrivent dans l'espace selon deux ou trois points de fuite, et souvent on doit diviser un espace en parties égales.

 

 

 

 web et vidéo tutos


 



 

Aucun commentaire: