Trains, locomotives, wagons et
voitures, voies ferrées, gares, caténaires et signalisations,
voyageurs et cheminots... l'univers ferroviaire sera le thème et le
moteur de notre atelier du 21 juin 2026. Dessins, peintures, aquarelles, toute
technique sera abordée et comme on le verra, toutes les approches,
documentaires, réalistes, féériques ou humoristiques sont possibles.


Qui n'a pas le souvenir d'enfance des
trains miniatures circulant, dans un réseau complexe de voies
ferrées, dans un paysage de carton pâte. L'univers ferroviaire
évoque la puissance et la prospérité d'un monde industrialisé et
ouvre la perspective d'une utopie, celle d'un monde devenu village.
Le chemin de fer dynamise transport et commerce et est un des
facteurs de la révolution industrielle. Le progrès social, fruit
d'âpres luttes ouvrières, la sécurité sociale, les congés payés,
la réduction du temps de travail ébauchent une société des
loisirs en germe. Les vacances deviennent accessibles à tous, le
tourisme s'organise et se généralise, et au cœur de se processus,
on trouve le chemin de fer. Faut-il s'étonner que dès son
invention, dans les années 1820, le chemin fer – trains,
locomotives, gares, voies ferrées – inspire les artistes. Au 21e
siècle, l'avion et l'automobile supplantent le train, pour le
meilleur parfois, pour le pire si l'on prend en considération
l'impact écologique, mais le chemin de fer nous inspire toujours,
avec un rien de nostalgie, comme une utopie manquée.
le progrès et la puissance
On ne retracera pas ici l'histoire,
bien documentée sur wikipedia, du chemin de fer, En 1825 Georges
Stephenson inaugure le premier le chemin de fer ouvert au public. La
première ligne régulière de chemin de fer à vapeur est mise en
service le 5 mai 1835 en Belgique, entre la
gare
de Bruxelles-Allée-Verte et
Malines.
Le développement ferroviaire est rapide, les machines se font plus
puissantes et rapide, on s'interroge avec inquiétude sur l'impact
sur la santé des voyageurs d'une accélération confinant à 35
km/heure, les romantiques déplorent l'outrage industriel défigurant
la nature, les conservateurs religieux stigmatisent une « invention
diabolique »...mais d'aucuns voient dans le train un facteur de
progrès et de prospérité, voie une promesse de paix universelle
rendue possible par le rapprochement des hommes.
Il y a d'innombrables gravures
d'époque, les premières affiches publicitaires de compagnies
ferroviaires vantent les perspectives touristiques.
Turner nous dépeint, avec « Pluie
vapeur et vitesse » un train surgissant de la lumière ou du
néant, circulant à pleine vitesse sur le Maidenhead
Railway Bridge, noyé dans la brume et surplombant un
fleuve... A peine sont esquissées les architectures des ponts, un
bateau et quelques personnages sur la rive saluant le convoi tracté
à 80 km/h par la locomotive la plus rapide de l'époque.
Monet nous a livré une douzaine de
peinture consacrées à la gare Saint Lazare. Ses locomotives
surgissent, monstres industriels, de la vapeur et des fumées
qu'elles engendrent, mais elles ne sont pas isolées, elle
s'intègrent dans un complexe urbain. Le chemin de fer structure le
paysage urbain qui est ici évoqué en arrière plan tandis que
l'infrastructure ferroviaire – hangar, pont métallique, signaux,
rails – est détaillée. Nous sommes, avec ces peintures, dans
univers anti-romantique mais l'impressionniste qu'est Monet s'attache
à illustrer la perception visuelle d'un instant précis.

C'est avec un humour corrosif que
Daumier évoque l'impact social du chemin de fer, en dépeignant les
voyageurs. Il illustre la cohue des passagers se ruant sur les
« trains de plaisirs ». Il use de tous les procédés en
usage, à l'époque, parmi les dessinateurs de presse : traits
déformés, personnages quasi animalisés, têtes énormes sur corps
chétifs... il se dégage de ces gravures un réalisme cru,
éclairant, déjà à son époque, les travers du surtourisme.
L'Histoire en marche : la loco
motive le peuple
« les révolutions
sont les locomotives de l’histoire ». Par cette métaphore
Karl Marx soulignait le rôle moteur des événements
révolutionnaires dans l'accomplissement d'une inéluctable
libération historique de l'humanité. Il faut dire que Marx, témoin
critique de la révolution industrielle et de l'essor du capitalisme,
avait pleine conscience de l'importance économique et sociale du
chemin de fer. Par la suite, les propagandes révolutionnaires filent
la métaphore en faisant de la locomotive le moteur des changements
sociaux. Il importe à chacun de ne pas rater le train de l'Histoire
quitte à accepter que ledit train soit, pour le meilleur peut-être,
pour le pire le plus souvent, conduit par le « 'Grand Leader »,
Guide suprême, auquel le peuple se doit de confier aveuglément son
destin. La locomotive apparaît souvent dans les affiches de
propagande, on vante l'exploit technologique, la chaudière tourne à
plein régime. bielles et essieux sont les muscles d'une collectivité
en marche.

Dans le monde capitaliste, la locomotive surgit aussi dans
l'imaginaire collectif comme la métaphore d'un progrès et d'une
croissance infinie... Nous
assistons à une conquête du monde, les colonisateurs n'ont de cesse
de tisser le réseau ferroviaire fut au prix de la servitude et de
l'esclavage des peuples conquis. Ici la technique, la machine, la
locomotive sont les instruments d'une emprise mondiale, celle de
l'économie toute puissante.

Luigi Russolo peint, en 1911, la
« dynamique d'un train »...On perçoit dans cette
peinture un ensemble de forces, une tension brutale ou la vitesse est
exprimée par des ondes de chocs, lignes brisées en avant de la
locomotive. En 1922 Ivo Pannaggi use de procédé analogue mais sa
démarche le rapproche plus du cubisme. Les futuristes italiens
étaient obnubilés par puissance, la force, la vitesse. Machines,
automobiles, avions, trains apparaissent souvent dans leurs œuvres,
mais ici, le concept devient presque abstrait. Nous avons affaire à
des mouvements, de la vitesse, de l'énergie, de la lumière. Les
objets se dissolvent en forces pures. Ce culte de la puissance, de la
force et de la domination technique, associé à une révolte contre
l'ancien monde et les académismes, a conduit nombre des artistes
futuristes vers le fascisme... mais la locomotive n'est pas seulement
le symbole d'une puissance brute, elle peut conduire vers le rêve,
ou être présent dans l'imaginaire fantastique.
Le train du rêve : surréalisme
et fantasy.

Le train apparaît à la fois comme un instrument du progrès et
comme une créature nocturne glissant entre les mondes. En bouleversant notre
perception du temps, de la distance et du destin, le chemin de fer
introduit dans la conscience moderne une sensation nouvelle de déracinement et d’inconnu. Le rail devient souvent la
métaphore d’une trajectoire imposée, d’un voyage intérieur
dont l’itinéraire semble déjà tracé, tandis que les gares
incarnent ces espaces de transition où l’être hésite entre
départ et retour, mémoire et devenir. Cette symbolique apparait
clairement dans l'œuvre de Paul Delvaux, sont les peintures,
inspirées par les gares d'Esneux ou de Watermael, représentent un
univers souvent nocturnes, de gares intemporelles peuplées de femmes
errantes ou de squelettes. Le train traverse les paysages comme la
pensée traverse l’inconscient. Son rythme répétitif, presque
hypnotique, évoque le battement du sommeil et les mécanismes
secrets du rêve. On peut y voir une image puissante du voyage
intérieur : un déplacement d’un état de conscience à un autre.
voire une métaphore du rêve lui-même.

René Magritte peint une
locomotive surgissant de l'âtre d'un peut salon bourgeois. La loco
rappelle les jouets ou les maquettes, mais c'est un petit dragon
fumant, sorte de gargouille, qui nous renvoie ironiquement aux
imposantes poêles à charbon qui ornaient les foyers domestiques
On
considère Edward Hopper comme un peintre réaliste, mieux que
quiconque il a dépeint un certain sentiment de solitude dans la vie
américaine. Le train apparait plusieurs fois dans son œuvre... il
y a des peintures, dessin et aquarelles représentant des locomotives
ou des wagons, parfois isolés dans la plaine américaines. Mais
souvent il évoque le voyage en peignant l'intérieur des voitures.
Les passagers, le plus souvent des passagères, y sont assis, rêvant,
regardant le paysage ou jouissant de la lumière oblique. Aucune
impression de mouvement, nous ne sommes pas dans l'ère de la vitesse
surmultipliée mais dans la conscience intime du voyageur isolé
vivant dans leur monde propre.

Il y a peut être une exception,
American
Locomotive (1944) où
l'aérodynamisme de cette locomotive diesel de type ALCO
DL-109 – au design plus
proche de l'avion que des locos à vapeur – sont soulignés par la
perspective fuyante et la couleur rouge écarlate. Il s'agit, ne
l'oublions pas, d'une commande publicitaire pour la compagnie
“American Locomotive ” et cette peinture ne se retrouve pas dans
le catalogue des œuvres de Hopper.

On retrouve ce design art déco
industriel dans la locomotive futuriste de « type 12 »
mise en service dès 1939 par la SNCB. Cette puissante machine de
2500 chevaux-vapeur qui pouvait atteindre 160 km/h fut illustrée et
surnommée par F. Schuiten « la douce ». Les moyens de
transport futuristes font partie de l'imaginaire utopiste – tel
qu'illustré dans la Science-fiction ou dans la vulgarisation
technique ou scientifique comme la revue « modern mechanix »

Née
de la rencontre entre la révolution industrielle du XIXᵉ siècle
et les imaginaires de la science-fiction, l’esthétique steampunk
transforme la locomotive en symbole absolu d’un futur rêvé par le
passé. Dans cet univers, le train n’est plus seulement une machine
de transport : il devient un organisme de cuivre, d’acier et de
vapeur mêlant l’élégance victorienne aux inventions improbables
: chaudières surdimensionnées, pistons apparents, engrenages
complexes, cadrans mystérieux et cheminées crachant une fumée
noire comme un souffle vivant. Le rail y incarne la conquête du
monde, mais aussi une fascination romantique pour une technologie
encore visible, palpable, presque artisanale, à l’opposé de la
froide invisibilité numérique contemporaine. le steampunk imagine
un futur alternatif où l’électricité et l’informatique
n’auraient jamais supplanté la puissance de la vapeur. Le train y
occupe une place centrale parce qu’il symbolise le mouvement,
l’exploration et la collision entre progrès scientifique et
imaginaire poétique.
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Nous
revenons à une enfance de l'ère industrielle et dans cette
régression on retrouve la loco des dessins animés, des contes pour
enfants, d'un far-west ludique, un monde de liberté absolue et de
conquête effrénée. Thomas the Tank Engine
est une locomotive à vapeur anthropomorphe de fiction, apparue dans
les livres pour enfants britanniques The
Railway Series écrits
par le révérend Wilbert Awdry et son fils Christopher à partir de
1945. Héros du dessin animé Thomas
& Friends, Thomas
est devenu une icône mondiale de la littérature et de la télévision
jeunesse. Dans les cartoons, le train est aussi un formidable moteur
de mouvement et de comédie.
Dessiner les trains et les locos
Tout le monde a
rencontré ces petits tutoriels pour enfants où l'on construit une
locomotive à partir de cercles, rectangles. En perspective les
volumes sont tout aussi simples, cylindres, disques, parallélépipèdes
rectangles. Une compréhension des règles basiques de la perspective
est indispensable, rails et caténaires convergent vers un point de
fuite, les cercles en vue perspective deviennent des ellipses, wagons
et locos s'inscrivent dans l'espace selon deux ou trois points de
fuite, et souvent on doit diviser un espace en parties égales.
web et vidéo
tutos